Revue de presse


Le clou dans la planche - Publié le 27 Septembre 2012 sous le titre : Hommage (lire l'article sur le site + Photos)
Marielle Orcières/photos : Eric Vanelle©
Femme non rééducable - Mix'art Myrys - Toulouse - 25, 26 Septembre 2012

Hommage

Une auréole d’espoir dans un océan de gravité. C’est ce qui transpire du solo Femme non rééducable, un texte de Stefano Massini interprété par l’aveyronnaise Isabelle Claveau et mis en scène par Filippo de Dominicis. Vous savez, ce metteur en scène dont une très remarquée Nuit juste avant les forêts occupait la scène du TPN la semaine passée... Tous deux s’emparent de ce Mémorandum théâtral sur Anna Politkovskaïa, cette journaliste russe célèbre pour ne pas s’être pliée au régime de Moscou et avoir exercé son métier sans complaisance.
C’est un double portrait que la compagnie À l’ombre du Sycomore propose au public de Mix’art Myrys : celui d’une femme qui a payé sa parole de sa vie ; celui d’une guerre, comme souvent insensée. Ici, c’est la Tchétchénie.

"Des armes, des armes, des armes,
Et des poètes de service à la gâchette" (L. Ferré)

Un plateau recouvert de draps blancs accueille le public. Le décor est sobre, la lumière froide, la pièce se joue comme en noir et blanc, une esthétique qui s'intègre parfaitement dans le cadre brut de Myrys. Nul besoin de fioritures, le sujet est assez grave. Aucun suspense, chacun connaît la fin au bout des menaces.
La pièce retrace par épisodes la vie de la journaliste qui enquête au plus près de la mort, risquant sa vie en plein cœur d’une prise d’otage auprès des terroristes tchétchènes, ou auprès des soldats Russes qui, expédiés à Grozny, massacrent la population. Ce mémorandum rend hommage à la journaliste, mais dresse par la même occasion un tableau débordant de paradoxes sur le conflit qui se joue en Tchétchénie.

"Le sang, la neige"

Isabelle Claveau porte avec une émotion sincère l'engagement de cette journaliste pour qui la couverture déontologique du conflit est vitale. La comédienne incarne la série de figures qui compose la mémoire précieuse d’Anna Politkovskaïa avec beaucoup d'attachement et avec une grande humilité qui compense quelques fragilités. Elle entre dans le quotidien, dans l’intime et dans la complexité du personnage.
Ce mémorandum est lourd à porter, il est la mémoire d’une parole qui a valu la mort, le stigmate d’une censure encore à l’œuvre aujourd’hui. Il est la voix d’un conflit où le désespoir, la haine de l’autre et de la différence ont retranché une fois de plus l’humain dans la bêtise et l’extrémisme qui n’ont pas manqué là-bas aussi de faire des ravages. La comédienne traverse ce sol blanc, au fur et à mesure que se déroule la pièce, sa parole seule l’imprègne du sang qui coule et révèle l’absurdité de la guerre ; celle-ci, une autre. La prose de la journaliste nous est léguée en se métamorphosant en une refrain, en un poème. La figure de la femme rejoint le  mythe, "brillant comme une larme". ||

Marielle Orcières

 

 


Les chroniques de jean dessorty, la culture décalée à Rodez. Article publié le 9 février 2012 sous le titre : Femme courage

Femme courage

Publié le 9 février 2012

On connaissait dans la terminologie soviétique, les ennemis du peuple, Poutine et sa clique ont inventé une nouvelle catégorie, les personnes non rééducables, en clair tous ceux qui de près ou de loin critiquent son régime, ses abus, la répression qui pèse toujours plus sur les citoyens, la censure et la manipulation omniprésentes. Anna Politovskaïa, journaliste d’investigation à Noveïa Gazeta qui a notamment couvert la guerre en Tchetchénie et ses exactions était l’une d’elle. Malgré sa grande notoriété et les nombreux prix internationaux qui ont salué la qualité de son travail et de ses articles comme celui du Pen Club International ou le Prix Olof Palme pour les Droits de l’Homme, elle a payé de sa vie son engagement,  assassinée au petit matin, le 7 octobre 2006, le jour même de l’anniversaire du dictateur Vladimir Poutine. Etrange coïncidence ou plutôt signature sans équivoque …

La pièce de Pietro Massini, « Femme non rééducable » qui était présentée à la Maison des Jeunes de Rodez  par la Compagnie “A l’Ombre du Sycomore” est un texte au fer rouge en forme d’hommage théâtral à cette conscience intraitable. Une seule comédienne en scène dans un espace tout blanc, moitié linceul funèbre,  moitié neige éternelle, qui par bribes retrace à la fois la vie de cette observatrice résolue des atrocités de la tragédie tchétchène et fait l’historique de la présence russe dans le Caucase.

De longues séquences dans la pénombre ou à se laver le visage tant bien que mal avec une simple bassine d’eau en disent long sur l’atmosphère de dénuement et de terreur induite qui a cours à Grozny. Le récit implacable des horreurs, massacres d’otages à Beslan ou au théâtre de la Doubrovka de Moscou, tentative d’empoisonnement, menaces et intimidations en tous genres, font de ce texte tranchant et incandescent à l’extrême un témoignage d’une force incroyable sur la Russie actuelle.

La vérité est toujours révolutionnaire et l’honnêteté des journalistes courageux sur le terrain sans cesse soulignée, sans emphase, juste avec acuité et détermination. « Prendre position c’est faire preuve d’intelligence » est une phrase qui ne cessera de nous hanter.

La mise en scène épurée, qui interpelle directement à plusieurs reprises le spectateur, et l’interprétation fiévreuse d’Isabelle Claveaud sont autant d’atouts pour ce spectacle magnifique à méditer longuement et qui laisse le public abasourdi et sans voix.

 


Ecoutez l'interview de Filippo De Dominicis et Isabelle Claveaud sur RadioTemps - Rodez - 20 février 2012

 

 

 

 


 

Femme non rééducable et à recommander (Midi libre 08/02/2012)


Théâtre/ cette pièce jouée mardi à la MJC revenait sur l'histoire d'Anna  Politkovskaïa.

Marchant sur un drap blanc comme neige, elle se promène entre Caucase et place rouge de sang. Tantôt Tchétchène, tantôt Russe, tantôt journaliste, cette femme non rééducable déambule sans se perdre sur les pas de la journaliste Anna  Politkovskaïa. Cette journaliste russe, indépendante, spécialiste de la question tchétchène, morte, assassinée en octobre 2006.
Elle, c'est Isabelle Claveaud. seule sur scène, elle emmène le public dans ce froid dédale d'horreurs qui creuse la frontière entre la Tchétchénie et la Russie. Mardi soir, avant même que les spectateurs aient pris place dans la salle de la MJC de Rodez, elle a malicieusement et cruellement planté le décor, rappelant le très sanglant épisode de la prise d'otages du théâtre Dubrovka de Moscou. Plus tard, elle évoquera celle tout aussi atroce de Beslan, en Ossetie du Nord.
Elle pouvait ensuite faire souffler le vent glacial du Caucase dans la salle, lâchant un texte aux mots lourds. Figeant l'atmosphère.
Tantôt Tchéchène, tantôt Russe, tantôt Anna Politkovskaïa, Isabelle Claveaud, une heure durant a dessiné un conflit effrayant. Sans prendre partie, si ce n'est celui d'en parler. Comme le faisait cette journaliste russe qui n'avait qu'une mortelle obsession dans ce coin du monde, écrire la vérité.
Dans une mise en scène, signée Filippo De Dominicis, sur un texte de Stéfano Massini, cette femme non rééducable a torturé le public pour lui soutirer des émotions. On ne peut qu'espérer que cette "Femme non rééducable" trouve d'autres scènes, tant elle éduque aussi à l'histoire et à ce dont est capable l'être humain.


 

 

 


 

A la rencontre de cette « Femme non rééducable »


Midi Libre 04/02/2012

Théâtre/ Mardi, à la MJC de Rodez, sera joué le mémorandum sur la journaliste russe assassinée.

Mardi, les planches de la MJC de Rodez accueillent « Femme non rééducable ».  Une pièce écrite par l'Italien Stéfano Massini au souvenir de la journaliste russe Anna Politkovskaïa, assassinée le 7 octobre 2006. C'était un grand reporter indépendant, spécialiste de la question tchétchéne.
La comédienne Baraquevilloise Isabelle Claveaud, en quête d'un texte fort, s'est plongée dans cette histoire. « Ce texte m'a été conseillé. J'ai lu, j'ai lu ce qu'a écrit Anna Politkovskaïa, je me suis renseignée sue ce qui se passe dans le conflit russo-tchétchéne et c'est devenu comme un engagement. » Elle a fait appel au metteur en scène Filippo De Dominicis. Dans l'urgence. « Un premier m'avait fait faux bon » confesse la comédienne. Le metteur en scène d'origine Italienne a dans un premier temps voulu prendre le temps de la réflexion. « Je suis de Sienne, Massini est de Florence...et je n'aime pas ce qu'il fait », souffle De Dominicis. « Mais j'ai été surpris par Isabelle. Elle connaissait déjà le texte. C'est rare. Alors je me suis d'abord laissé guider. »

Dans la peau de plusieurs personnages

Le nouveau tandem décide de prendre des libertés avec le texte. « On y a ajouté un poème de Ferré, un texte de Milna Terloeva, qui a écris ''Danser sur les ruines'', ou elle évoque la jeunesse tchétchéne. » Sur scène, seule, durant une heure très dense, Isabelle Claveaud enfile la peau de plusieurs personnages retraçant l'univers de cette journaliste russe érigée aujourd'hui en véritable icône de recherche de la vérité.  « La facilité aurait pu être pour Isabelle de se glisser dans la peau  Anna Politkovskaïa. » L'émotion supplante le didactique dans cette pièce dénudée. « C'est un texte dur et difficile, dans lequel on ne prend pas position et que l'on veut disponible pour tous les publics », expliquent le metteur en scène et la comédienne. « Et Isabelle surmonte là un beau défi, complète De Dominicis, en changeant de personnage en direct devant le public. Nous avons beaucoup travaillé sur le rythme. Les émotions. »
Le pari semble réussi avec cette femme non rééducable. Mardi, la pièce sera jouée pour la huitième fois. Toujours avec cette volonté d'interroger. «  Le rôle de l'art, un peu comme le journalisme aussi, c'est questionner. » prévient De Dominicis.



Philippe Routhe